Sciences en liberté

En observant de plus près la vie des animaux qui nous accompagnent sur cette terre, certaines notions apparemment scientifiques paraissent incongrues. Il semble que l’on ait toujours cherché à tirer des énoncés normatifs à partir des descriptions de la nature et la science se confond avec une histoire beaucoup plus idéologique qu’on ne l’admet souvent.

C’est ce dont nous parlons, tous les deuxièmes lundis de chaque mois entre 18 heures et 19 heures 30 sur 89.4, Radio libertaire, la radio de la fédération anarchiste. Sciences en liberté, une émission animée depuis l’Anjou par Thierry Lodé, avec la complicité de Ciona et de Monique à Paris. Jingle original de Hicham Chahidi. Vous pouvez nous contacter en téléphonant au studio ou par l’email de l’émission. Quand Rabelais décoche son adage Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il avertit que la curiosité scientifique ne peut rien fonder sans un projet humain.

La biologie s’occupe de nous : nous allons nous occuper de la biologie.
2ème lundi du mois
18h00-19h30
Site de Sciences en liberté



Enregistrements disponibles
Date Programme
(s'il a été renseigné par l'émission)
14 novembre 2022

La conquête de la viviparité (rediffusion de l’émission du 11 janvier 2021)
Ah ! Quelle inquiétude de nos très jeunes âges ! Comment on fait des bébés ? Et chez les animaux, de l’œuf ou de la poule, qui a commencé l’aventure évolutive de la reproduction ? Il n’y a nul besoin de se proclamer féministe pour constater combien les rôles géniteurs s’avèrent partagé entre mâles et femelles. Déjà le nid qui abrite la couvée est chaudement gardé par la cane ou par mère l’oie alors que Monsieur convole encore auprès des dames. Il y a bien notre moineau qui accompagne sa dame et travaille avec elle. Mais chez les mammifères, la femelle n’a nul loisir d’échapper à son destin reproducteur qui l’amène à une gestation longue et encombrante et qui sera suivie par une incommode délivrance. À l’issue de laquelle cependant, le bébé peut hurler sa venue inopinée sur notre incroyable planète.Mais d’où vient que les mâles et femelles n’ont pas le même rôle ? C’est au cours d’une histoire mouvementée que s’est mise en place une manigance d’actes qui attirera les gamètes, retiendra l’insémination et se poursuivra dans une gestation interne. Toute cette histoire parait un rien trop linéaire et ressemble parfois à un dessein finalisé dans le seul but de faire croître et prospérer une abondante progéniture.Seulement l’histoire évolutive ne nous raconte pas cela. Il a fallu prendre bien des chemins de traverses pour que l’œuf s’accoquine avec l’utérus dans une aventure extraordinaire qui fait apparaître un nouvel être vivant. Loin des rentabilités marchandes, il s’agit d’une histoire de petits bricolages et d’essais parfois infructueux, avec des détours et des impasses. Mais cette histoire-là est l’histoire de la vie. Alors, de l’œuf ou de la poule, qui a commencé. Nous sommes sur Radio libertaire, la radio de la fédération anarchiste, et l’insolite ne nous fait pas peur, pour peu que cela change notre vision du monde.
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10 octobre 2022

Rediffusion de l’émission du 14 mars 2022 :
En 40 ans, quelques livres qui accompagnent la liberté des sciences
S’emparer des ondes radios pour diffuser des messages fut une incroyable aventure et pourtant le 1er septembre 1981, les premières émissions de Radio libertaire parlèrent à Paris. Antiautoritaire, anticapitaliste, anarchiste, une radio entièrement entre les mains de bénévoles sans dieu, ni maîtres répandait une soif de liberté.
Quarante ans après ces premières émissions flibustières qui installèrent les programmes de Radio Libertaire, cette émission spéciale de « sciences en liberté » fête cet anniversaire. Car ce temps des paroles a développé que l’humanité est ce qui se parle et que s’arracher aux séparations, aux discriminations du monde marchand commence toujours par un bavardage entre prolétaires, une discussion qui se réfléchit.
La place de la science dans notre projet libertaire ne peut être émancipatrice sans une analyse critique des idéologies qui affectent la recherche scientifique. La pensée dominante est toujours la pensée des dominants qui inventent et épurent l’histoire. Aussi, la science n’est jamais une activité neutre, il faut dégager le fait scientifique derrière son apparence. La science doit démasquer les partis-pris des traditions pour ne pas sombrer dans la duperie des idéologies sociales et politiques. Car la science ne fonctionne pas comme un grand fleuve nourri pas des affluents, elle a besoin au contraire de ruptures épistémologiques. Il lui faut des remises en cause radicales là où les croyances naturelles semblent imposer leur ordre universel.
Alors, loin de ne constituer qu’une force mystérieuse de la revanche des pauvres, l’anarchie de la pensée libertaire reste une obligation de la réflexion. Développer une science populaire qui rejette les idéologies marchandes et les hiérarchies est une tâche difficile, mais nous sommes sur Radio Libertaire...
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12 septembre 2022

Rediffusion de l’émission du 8 novembre 2021 :
Les impostures de la sociobiologe
Au début, la sociobiologie était juste censée proposer une explication à la question « pourquoi des animaux vivent-ils en groupe ? ». On a instauré l’hypothèse que c’était une affaire de gènes. À partir de là, la parenté entre les individus donnerait la base de la vie sociale et cette parentèle expliquait l’altruisme apparent des fourmis par la sélection naturelle. Comme le but de cet altruisme est de propager les gènes, la sociobiologie fabriqua une théorie omnipotente et cela sans aucun débat, aucune discussion de fond. Mais comment une théorie sur la vie sociale des animaux a-t-elle pu dominer toutes les sciences et soutenir les thèses d’extrême-droite dans la société ?
Wilson proposa un système de réflexion totalitaire édictant que la civilisation devrait s’approprier les écosystèmes transformés et développer l’industrie. Les conduites étant sélectionnées pour le meilleur des gènes, le scientifique américain suggéra naïvement que la soumission des femmes, leur cerveau plus petit, la puissance des hommes et l’exploitation par les entrepreneurs, la xénophobie, le racisme, l’esprit de compétition, la marchandisation du monde, la monogamie, la foi religieuse et l’instinct de la guerre seraient juste le résultat de la longue évolution des primates. Des conduites adaptatives, naturelles, quoi, empêchant le grand remplacement.
La nouvelle droite européenne s’est vite félicitée de l’objectif des sociobiologistes. Cela aurait pu alerter. Mais depuis lors, une inertie accablante force encore sur toutes les recherches et la sociobiologie et son écologie comportementale ont envahi toutes les sciences jusqu’à la sociologie elle-même.
Il va falloir examiner pourquoi les impostures de la sociobiologie ont pris tellement de puissance dans les sciences, réactivant les idées les plus nauséabondes. D’autant qu’aujourd’hui, Wilson, l’inventeur de la sociobiologie affirme faire amende honorable. Car la sociobiologie accouche de sa propre réfutation. Aucune des thèses ne tient plus la route.
Nous allons voir comment cette histoire a été construite contre l’émancipation humaine. Mais si la sociobiologie a mystifié le monde, faut-il continuer à laisser-faire ?
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08 août 2022

Rediffusion de l’émission du 14 février 2022 :
Les virus entrent par effraction dans nos paroles
S’il est bien, dans le monde du vivant des corpuscules élémentaires dont nous aimerions désavouer l’existence, les virus sont de ceux-là. Pensez donc, à l’origine d’affections aussi terribles que variole, oreillons, rougeole, la fièvre hémorragique ebola, fièvre jaune, Zika ou covid 19, les virus entrent dans nos vies d’une manière indésirable et maligne. Par effraction pourrait-on dire. Comme on maudit les animaux sauvages réservoirs de cette engeance ! Combien on exècre les colobes, chauve-souris, pangolins et autres civettes de porter ces maladies virales.
Il semble aussi que les virus ne servent à rien, que font-ils dans les écosystèmes ? Un virus ne se reproduit pas, il se duplique, encore n’y est-il paradoxalement pas pour grand-chose. Situées à la frontière du vivant, les caractéristiques virales échappent aussi à la classification biologique. La particule virale ou virion est de si petite taille qu’elle s’est longtemps dérobée à sa propre description.
Mais les conséquences d’une attaque virale ne concernent pas que la santé humaine. Organismes vivants, plantes comestibles et animaux domestiques connaissent aussi ces invasions maladives et l’effet des virus va bien au-delà de seulement éliminer une forte proportion de leurs victimes. Leur prolifération impose des mesures de protection quasi disciplinaires et des atteintes flagrantes à la liberté sociale comme on l’a vu dès les débuts de la pandémie du covid-19. La pression sociale retombe alors inévitablement sur les plus pauvres, les privant même de leur affreuse condition d’existence salariale. Ces contraintes policières, pourtant héritées du moyen-âge, conduisent les plus réticents à proposer des théories du complot.
Qu’on se le disent, en entrant dans la dimension microscopique, il faudra aussi parler des communautés humaines et de la mondialisation, et nous devrons encore débusquer quelques préjugés biologiques...
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11 juillet 2022

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13 juin 2022

Sexe et biodiversité : une écologie qui évolue.
Rediffusion de l’émission du 9 mai dernier.
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09 mai 2022

Sexe et biodiversité : une écologie qui évolue.
Le Cincle d’eau douce est un oiseau plongeur. Mais il ne survivrait pas sans dénicher des larves de phryganes dans les gravières des torrents et tous ces petits insectes qui se nourrissant de matières décomposées, épurent l’eau douce. L’évolution biologique des êtres vivants n’est pas seulement une biologie. La biodiversité est d’abord une écologie.
Revenons. Nous savons combien toute la « théorie moderne de l’évolution » repose sur deux principes réactionnaires intangibles, d’une part la survie des meilleurs et d’autre part le grand remplacement des gènes. Si la première proposition se fonde sur un eugénisme inhérent, sa seconde ascendance n’en est pas moins déconcertante. Mais c’est une troisième lapalissade qui interdit d’y réfléchir, car la théorie biologique, inspirée d’un ancestral darwinisme, reste une théorie incritiquable. Il est indéniable que les individus qui survivent possèdent des caractères qui les ont fait survivre. Par conséquent, tous les êtres vivants seraient issus d’une sélection naturelle indiscutable qui serait le moteur de l’évolution. On nous l’apprend à l’école.
Néanmoins, la biodiversité réserve bien des surprises. Pourquoi y-a-t-il sur cette terre tant d’espèces vivantes ? Comment sont-elles apparues ? Car le tri des mauvais ne révèle rien de l’émergence des divergences et le terme confus d’adaptation paraît bien magique pour résumer la prétendue sélection du vivant. En outre, l’idéologie victorienne qui a fait apparaître le capitalisme imprègne complètement cette théorie réactionnaire.
Alors est-ce une réalité naturelle ou bien la biologie se fourvoie-t-elle dans des arcanes tendancieuses ? En tous les cas une telle hypothèse mérite bien un petit examen.
Car les espèces ne vivent pas seules sur notre petite planète et construisent des réseaux écologiques impénétrables. Le secret du vivant est tout entier contenu dans ces interrelations qui s’échafaudent. Même un papillon agit sur l’écologie des rivières. À n’en pas douter, la force structurante des interactions y est pour quelque chose et le sexe semble aussi y contribuer d’une manière éclatante. Les multiples sexualités animales brassent des différences si importantes qu’elles ont forcément quelque chose à jouer dans l’émergence de ces millions de variations.
Alors, pour appréhender le terrain du jeu du vivant et le rôle clandestin des sexualités, il est vraiment temps de faire émerger une théorie alternative. Toutes sciences avivent des doutes et des critiques et lorsque les fadaises de l’extrême-droite envahissent un pan de la réflexion, cela mérite une attention soutenue.
Vous êtes sur Radio Libertaire, la radio de la fédération anarchistes et vous allez voir qu’en agitant nos petites cellules grises, un autre monde apparaît. En quittant les hypothèses douteuses de la survie des meilleurs et du grand remplacement des gènes, il est enthousiasmant de découvrir combien l’évolution de la biodiversité est une écologie qui évolue, une écologie évolutive. Et cela change bien des choses.
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11 avril 2022

Pléistocène parc, le réensauvagement du monde
Et si demain tous les oiseaux mourraient ? La dégradation de l’écologie et de la biodiversité continue toujours, plus rapidement encore. Certes, ça et là, de politiques de conservation ont été mis en place. Et pourtant ces mesures très insuffisantes n’ont empêché qu’à la marge le déclin universel. Aujourd’hui encore on apprend que 82% des espèces sauvages ont vu leurs effectifs chuter. 
Alors, peut-on réensauvager la nature ? Faire revivre la Terre du pléistocène, à cette époque invisible où la mainmise de l’espèce humaine a commencé une exploitation sans mesure ? Faudrait-il essayer de reconstruire la nature, au point d’imaginer le retour des bisons, des lions et des mammouths en France ? La biodiversité s’émiette, les forêts se morcellent et les océans agonisent. Face à l’échec des parcs naturels et des réserves, on comprend bien que la situation s’aggrave. Alors, le réensauvagement a été proposé comme une méthode pour préserver les écosystèmes fonctionnels et renforcer la vie sauvage. Verra-ton des troupeaux de bisons pâturer dans les prés du bassin parisien, apercevrons-nous des lynx ou des lions sauvages dans le Massif central ? L’idée n’est pas de conserver les paysages mais d’en laisser la charge aux super-prédateurs et aux grands herbivores. Finie la conservation transformant la nature en musée. Il faudrait repartir à la découverte de vrais espaces sauvages. Le réensauvagement développe une dynamique de l’écologie renforçant la vie sauvage et reconstruisant la planète.
Mais il va sans dire que le capitalisme ne prend pas ce chemin d’expiation. Entre microplastiques et changement du climat, le pillage et la destruction des milieux naturels s’aggravent. L’exploitation capitaliste est une négation du vivant. Et seule notre colère noire pourra remettre en cause le rapport marchand.
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14 mars 2022

En 40 ans, quelques livres qui accompagnent la liberté des sciences
S’emparer des ondes radios pour diffuser des messages fut une incroyable aventure et pourtant le 1er septembre 1981, les premières émissions de Radio libertaire parlèrent à Paris. Antiautoritaire, anticapitaliste, anarchiste, une radio entièrement entre les mains de bénévoles sans dieu, ni maîtres répandait une soif de liberté.
Quarante ans après ces premières émissions flibustières qui installèrent les programmes de Radio Libertaire, cette émission spéciale de « sciences en liberté » fête cet anniversaire. Car ce temps des paroles a développé que l’humanité est ce qui se parle et que s’arracher aux séparations, aux discriminations du monde marchand commence toujours par un bavardage entre prolétaires, une discussion qui se réfléchit.
La place de la science dans notre projet libertaire ne peut être émancipatrice sans une analyse critique des idéologies qui affectent la recherche scientifique. La pensée dominante est toujours la pensée des dominants qui inventent et épurent l’histoire. Aussi, la science n’est jamais une activité neutre, il faut dégager le fait scientifique derrière son apparence. La science doit démasquer les partis-pris des traditions pour ne pas sombrer dans la duperie des idéologies sociales et politiques. Car la science ne fonctionne pas comme un grand fleuve nourri pas des affluents, elle a besoin au contraire de ruptures épistémologiques. Il lui faut des remises en cause radicales là où les croyances naturelles semblent imposer leur ordre universel.
Alors, loin de ne constituer qu’une force mystérieuse de la revanche des pauvres, l’anarchie de la pensée libertaire reste une obligation de la réflexion. Développer une science populaire qui rejette les idéologies marchandes et les hiérarchies est une tâche difficile, mais nous sommes sur Radio Libertaire...En 40 ans, quelques livres qui accompagnent la liberté des sciences
S’emparer des ondes radios pour diffuser des messages fut une incroyable aventure et pourtant le 1er septembre 1981, les premières émissions de Radio libertaire parlèrent à Paris. Antiautoritaire, anticapitaliste, anarchiste, une radio entièrement entre les mains de bénévoles sans dieu, ni maîtres répandait une soif de liberté.
Quarante ans après ces premières émissions flibustières qui installèrent les programmes de Radio Libertaire, cette émission spéciale de « sciences en liberté » fête cet anniversaire. Car ce temps des paroles a développé que l’humanité est ce qui se parle et que s’arracher aux séparations, aux discriminations du monde marchand commence toujours par un bavardage entre prolétaires, une discussion qui se réfléchit.
La place de la science dans notre projet libertaire ne peut être émancipatrice sans une analyse critique des idéologies qui affectent la recherche scientifique. La pensée dominante est toujours la pensée des dominants qui inventent et épurent l’histoire. Aussi, la science n’est jamais une activité neutre, il faut dégager le fait scientifique derrière son apparence. La science doit démasquer les partis-pris des traditions pour ne pas sombrer dans la duperie des idéologies sociales et politiques. Car la science ne fonctionne pas comme un grand fleuve nourri pas des affluents, elle a besoin au contraire de ruptures épistémologiques. Il lui faut des remises en cause radicales là où les croyances naturelles semblent imposer leur ordre universel.
Alors, loin de ne constituer qu’une force mystérieuse de la revanche des pauvres, l’anarchie de la pensée libertaire reste une obligation de la réflexion. Développer une science populaire qui rejette les idéologies marchandes et les hiérarchies est une tâche difficile, mais nous sommes sur Radio Libertaire...
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14 février 2022

Les virus entrent par effraction dans nos paroles
S’il est bien, dans le monde du vivant des corpuscules élémentaires dont nous aimerions désavouer l’existence, les virus sont de ceux-là. Pensez donc, à l’origine d’affections aussi terribles que variole, oreillons, rougeole, la fièvre hémorragique ebola, fièvre jaune, Zika ou covid 19, les virus entrent dans nos vies d’une manière indésirable et maligne. Par effraction pourrait-on dire. Comme on maudit les animaux sauvages réservoirs de cette engeance ! Combien on exècre les colobes, chauve-souris, pangolins et autres civettes de porter ces maladies virales
Il semble aussi que les virus ne servent à rien, que font-ils dans les écosystèmes ? Un virus ne se reproduit pas, il se duplique, encore n’y est-il paradoxalement pas pour grand-chose. Situées à la frontière du vivant, les caractéristiques virales échappent aussi à la classification biologique. La particule virale ou virion est de si petite taille qu’elle s’est longtemps dérobée à sa propre description.
Mais les conséquences d’une attaque virale ne concernent pas que la santé humaine. Organismes vivants, plantes comestibles et animaux domestiques connaissent aussi ces invasions maladives et l’effet des virus va bien au-delà de seulement éliminer une forte proportion de leurs victimes. Leur prolifération impose des mesures de protection quasi disciplinaires et des atteintes flagrantes à la liberté sociale comme on l’a vu dès les débuts de la pandémie du covid-19. La pression sociale retombe alors inévitablement sur les plus pauvres, les privant même de leur affreuse condition d’existence salariale. Ces contraintes policières, pourtant héritées du moyen-âge, conduisent les plus réticents à proposer des théories du complot.
Qu’on se le disent, en entrant dans la dimension microscopique, il faudra aussi parler des communautés humaines et de la mondialisation, et nous devrons encore débusquer quelques préjugés biologiques...
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10 janvier 2022

L’ours, un rescapé des âges farouches.
Samedi 20 Novembre 2021 dans l’après-midi, un chasseur âgé de 70 ans a fait feu à deux reprises sur Caramel. Une ourse a été abattue illégalement dans le massif du Couserans, laissant donc deux oursons orphelins en plein début d’hiver. Pour l’année 2020, ce sont donc trois ourses adultes qui ont été tuées dans les zones dites protégées des Pyrénées. Déjà, la mère de Caramel, Melba avait été tuée en 1997, et encore le 9 juin 2020, un jeune ours mâle Gribouille, a été retrouvé tué par balles.
En novembre 2004, le dernier ours pyrénéen, Cannelle, avait trouvé la mort, tuée par un chasseur en Vallée d’Aspe. Le chasseur qui avait abattu l’animal a bénéficié d’un classement sans suite de l’affaire. Il restait alors fin 2004 moins d’une dizaine de mâles dans toutes les Pyrénées et plus aucune femelle. Grâce à des mesures drastiques, la population renforcée compte aujourd’hui environ une soixantaine d’ours. Mais voilà que les réintroductions d’ourses slovènes qui devaient renforcer la population ursine continuent de faire polémique. Il est vrai que, ici, un chasseur a été blessé lors d’une battue aux sangliers. C’est-à-dire que l’ours, qui était prise au piège avec ses oursons dans la nasse des chasseurs, a chargé désespérément. Qui donc était attaqué ? Dans le même temps durant l’année 2020 au moins 23 randonneurs ont été blessés grièvement, et un tué, par des bovins en estive. Pourtant personne n’appelle à éliminer toutes les vaches en liberté dans la montagne. Alors pourquoi l’ours est-il encore considéré comme une bête à abattre ?
L’ours occupe encore de nombreux pays à travers le monde. Russie, USA, Europe du sud et du Nord mais il représente le dernier grand prédateur sauvage de l’hémisphère. Qui est-il ? Si les montreurs d’ours ont disparu, l’animal reste encore l’un des plus fascinants prédateurs en France. Ce n’est cependant pas un chasseur lui-même et il promène sa bonhommie dans les zones les plus reculées de nos montagnes.
Alors, que se passe-t-il ? Faut-il que la montagne soit désertée par les derniers grands prédateurs pour sauver l’élevage et le tourisme ? Comme sur Radio Libertaire nous sommes si proches de ces ours mal léchés, nous allons essayer de comprendre.
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13 décembre 2021

Mais d’où vient le plaisir ? (Rediffusion)
Cela fait bien longtemps, depuis Aristote au moins, que l’on s’interroge sur la sensibilité animale. On a longtemps nié que les animaux puissent souffrir en dépit des évidences, mais aujourd’hui, la question semble enfin tranchée. Bien sûr que les animaux souffrent, la question posée par la biologie réductionniste reste de savoir à quel point cette souffrance peut être semblable à la nôtre.
Il est vrai que l’humain a tendance à placer son anthropomorphisme sur les sensations animales. L’aigle royal nous paraît fier et le lama boudeur. La physionomie de ces espèces nous renvoie à nos propres préjugés. Car la fierté apparente de l’aigle ou la moue fictive du lama ne sont liées qu’à la position physique de leurs arcades sourcilières sans ne témoigner d’aucun de ces sentiments. Quand le tigre nous paraît cruel, la baleine bleue nous semble pacifique alors qu’ils sont l’un et l’autre des farouches prédateurs.
Mais si on commence à admettre que les animaux ressentent la douleur, il en va autrement pour accepter qu’ils ressentent aussi du plaisir.
Au premier chef, l’orgasme sexuel appartiendrait seulement aux humains. Pourtant ce n’est pas exactement ce que raconte l’évolution et la mise en place du plaisir. S’il reste délicat d’appréhender la jouissance de l’écrevisse ou la délectation amoureuse du ver de terre, la découverte des satisfactions sexuelles des bonobos a ouvert d’autres perspectives. Bien des espèces jouissent d’une sexualité débridée et il désormais impossible de ne pas constater que les animaux cherchent aussi à se ravir d’expériences positives.
Le plaisir sexuel semble toutefois ne rien ajouter à la reproduction, on peut parfaitement se reproduire sans aucun plaisir. Alors pourquoi l’évolution aurait-elle gardé cet épisode tout à fait extraordinaire de la jouissance ? C’est que la sexualité ne se réduit pas aux prouesses reproductives en dépit de ce qu’affirment les superstitions religieuses ou les convictions darwiniennes. D’ailleurs, nombre d’espèces exposent largement leurs aspirations au plaisir. Sexualités et reproductions jouent des partitions bien différentes, et masturbations, fellations ou cunnilingus sont pratiquées par toute sortes d’espèces. Les animaux peuvent additionner les actes sexuels en dehors de toute évidence reproductive. Beaucoup vont encore plus loin en multipliant les partenaires et affichent des amours toutes aussi libertines que libertaires.
L’amour libre est-il génétiquement transmissible ? Alors, après cette année exceptionnelle de privation qui a bouleversé nos programmes, il est peut-être temps de comprendre d’où vient le plaisir et ce que la biologie a à nous en dire. Et comme nous sommes sur Radio Libertaire, la radio de la Fédération Anarchiste, en pénétrant cette histoire de la jubilation, nous allons nous amuser à en tirer les ficelles.
Et pour poursuivre le plaisir de l’écoute, un livre : Thierry Lodé, Histoire naturelle du Plaisir amoureux (Éditions Odile Jacob, juin 2021).
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